Bouffe
Barfly*
Soirée improvisée chez un collaborateur proche (sur la base du volontariat) et néanmoins ami de Parker hier soir. J’y étais ainsi qu’avec les parents de mon bien aimé et l’épouse de notre hôte dans leur charmant appartement au cœur du vieux Mayfair, juste à coté (genre 3 mètres) du “Punchbowl”, le pub de Guy Ritchie. Notre hôte et son épouse (tous deux dans la partie supérieure de la quarantaine) ont tous les deux des jobs très prenant et à hautes responsabilités et l’idée d’une petite fête improvisée chez eux en dit long sur l’affection qu’ils nous portent, que ce soit moi, Parker, Parker et moi, Parker moi et ses parents… recevoir chez soi en milieu de semaine c’est fatigant donc on apprécie la gentillesse de ce genre d’invitation spontanée (moi ça me faisait tellement plaisir que j’ai du dépenser le prix du diner en fleurs pour madame the hostess with the mostess).
Ce sont également de bon vivants et de bons viveurs1 et leur table est généreuse et bien garnie, ce sont deux personnes d’excellente compagnie et je me suis toujours senti très privilégié de les connaitre et d’être digne de leur amitié et de leur gentillesse. L’épouse de notre hôte est aussi une femme qui force mon admiration car elle bosse comme une dingue, comme je l’ai déjà dit, et elle souffre de sclérose en plaque: à son emploi du temps de ministre s’ajoute les séances de physio et autres joyeusetés en hôpital. Cependant hier soir, autour de leur petite table de cuisine (ces appartements du vieux Mayfair ne sont pas toujours de ces penthouse où la place est en abondance, ou un logement de fonction comme celui de mon mari…) je les observais et des choses me sont revenus en mémoire, sans être sollicitées. Il faut dire que j’étais levé depuis 5h du mat et j’étais un peu crevé, d’autant plus qu’à un moment la conversation a viré un peu “homophobie ordinaire sans méchanceté mais homophobie quand même” à cause du papa de Parker et de belle-maman au sujet d’une personne de notre connaissance et je me suis permis de remettre les choses à plat avec diplomatie et de rappeler calmement (et très gentillement de surcroît) à l’assistance qu’en parlant de pédés il y en avait justement deux à cette table. Et fatigue oblige je n’ai plus trop parlé, préférant rire et me laisser aller à l’ambiance grandissante et authentique de la tablée. Tout ça pour dire que j’observais nos hôtes et je me suis dit qu’il ne faut décidément jamais sous-estimer le don de l’esprit humain à pouvoir s’enterrer la tête dans le sable.
Je me suis souvenu de cette journée passée à Calais l’an dernier pour acheter le champagne de la White Party avec notre hôte et Parker. J’aime bien boire un coup mais deux ginto à 11h plus deux bouteilles de pinard à trois au déjeuner ce n’est pas trop mon truc. Moi je picole en réunion (bon, ok, des fois un apéro seul) et de préférence en soirée. Nous avons fait nos courses et en attendant notre navette Eurotunnel et ben notre hôte est parti au bar s’envoyer un double ginto pour la route. En arrivant à Londres on était invité chez lui et sa femme et hop! re-double tournée de double ginto (là j’étais plus dans mon élément: on était après 19h!) plus du pinard à gogo au dîner.
Même chose pour elle. J’ai eu un flashback de l’anniversaire de Parker l’an dernier dans le petit resto à tapas en face de chez moi. Je n’avais pas pu assister au diner et je les avais rejoint en fin de repas en rentrant du taf. Elle était dans un état lamentable, déchirée comme pas possible, elle pouvait à peine parler (les autres invités étaient bien pompettes aussi remarquez bien mais pas déchirés). Et en fait chaque fois que je la vois elle a un verre dans la main. Préférablement du champagne. So chic.
En arrivant chez eux hier soir et les fois d’avant j’ai eu l’impression qu’ils étaient déjà pétés quand j’y repense, et toute une série de souvenirs s’est enchainée. Je crois qu’ils se pochetronnent tous les deux. En amoureux. En les observant je détaillais leur visage et j’y découvrais une vérité un peu inconfortable. “D’un autre coté peut-être que je me trompe et que j’ai l’imagination qui vadrouille” me disais-je en goûtant le délicieux vin rouge couleur de rubis qu’on me servait. Et là il s’est passé un truc…
J’ai demandé quelle était cette délicieuse ambroisie. On m’a répondu. Et j’ai demandé quel était son degré d’alcool2. Un bon 12.5% vol…. “ce qui est parfait rétorquai-je, je reproche un peu aux vins du Nouveau Monde d’être un peu trop rustre de ce coté-là, mais 12.5% vol. c’est idéal. ”
“- Oui, me répondit notre hôtesse, et 12.5% vol ça se boit très bien le matin…”
Elle a certainement compris qu’elle venait de lâcher un truc un peu gênant, là (ce qui m’a déçu pour dire vrai c’est que connaissant son attachement pour le champagne j’aurais préféré imaginer qu’elle se débouchait de bonnes bouteilles pleines de bulles le matin!). Mais nous sommes en Angleterre et l’embarras en bonne compagnie n’est pas de rigueur. Nous avons donc continué la conversation comme si de rien n’était… c’est aussi un truc que j’aime assez chez notre hôte et notre hôtesse d’ailleurs: chez eux on n’aime pas les gros mots et l’exhaltation (mais on adore le politically uncorrect tant qu’il est spirituel et/ou drôle… je m’en donne à cœur joie à chaque fois). On peu se déchirer la tête au bon rouge ou à ce qu’on veut mais péter à table ou sortir du cadre formel est très mal perçu. Pire: voire unforgivable!
(*) Film mettant en scène Mickey Rourke et Faye Dunaway dans le rôle de deux ivrognes dont la relation amoureuse fluctue en fonction du degré de cuite de chacun des protagonistes (je résume, et c’est un très beau film)
- Pensez Jean Marie Proslier dans la pub pour Norwich Union au siècle dernier: “bon vivant rime avec prévoyant!” ↩
- je dois dire que quand je vais chez eux je me méfie ils nous font vraiment trop boire (en toute gentillesse, hein!). La première fois que j’y suis allé avec Parker on a été très malade en rentrant et toute la nuit. Quand je dis malade je fais dans le politiquement correct, on est d’accord. C’était effroyable…. et on partait sur un vol long-courrier le lendemain! ↩
Tue-Le, Cuisine-Le et Bouffe-Le!
Ce titre racoleur est la traduction directe de celui d’une émission de téloche sur laquelle je suis tombé avant-hier. Un peu trash mais très intéressant, le concept de l’émission vise à emmener le téléspectateur dans la réalité de la chaîne alimentaire -le tout animé par une journaliste- et nous propose un véritable banquet en direct avec de vrais cuisiniers!
Mais avant ça, les invités et le téléspectateur vont rencontrer les jolis petits cochons de lait tout choupinous de 8 semaines élevés en liberté au début de l’émission qui vont leur être servis. Car oui, de l’élevage jusqu’à la cuisson tout le process nous est montré live sans trucages, as seen on TV!. Le plus grand moment étant bien sur le passage à l’abattoir en direct devant nos yeux médusés et le découpage de la barbaque par un maitre-boucher… du grand art! Je vous parle de l’émission consacrée aux bébés cochons mais cela fait partie d’une série: hier c’était l’agneau et ce soir le veau (je travaille et j’ai une vie donc je n’ai eu droit qu’aux petites bestioles roses..)
Finalement l’émission m’a beaucoup moins choquée que ce que j’avais anticipé, ayant été élevé moi-même à la campagne et en liberté je dois dire que les fermiers de mon patelin étaient beaucoup plus rustres quand ils avaient à dépecer un lapin ou égorger un porc. C’est à dire sans le sonner à l’aide d’électrodes pour qu’il ne sente rien comme en abattoir, et croyez-moi un cochon qu’on saigne ça fait du bruit et de la saleté, et c’est clair que la bestiole passe un sale quart d’heure quand on s’y met artisanalement… mais je m’égare.
Le public est composé des acteurs de la dite chaîne (agro-) alimentaire: l’éleveur de ces cochons de lait si choupinous, des bouchers, des supermarchés et d’une trentaire de péquins moyens, dont certains ont le bon goût d’être végétariens (ils sont invités pour mettre un peu d’ambiance à mon avis).
Avec Parker on a maté l’émission un verre à la main en se tapant la cuisse tellement on rigolait à l’hypocrisie de certaines personnes, surtout au moment du massacre rituel de l’abattage des bestioles: jeunes filles et dames en larmes dans les bras de leur chéris, couples de garçons sensibles dont la chair du visage était à la limite de fondre (et c’est vrai qu’ils étaient choupinous ces petits cochons, et ils avaient l’air bon, mais bon!), consommateur dénonçant à la limite que jamais on ne l’avait mis au courant que ce genre de massacre avait lieu pour rendre possible la production du jambon qu’il adore mettre dans ses casse-dalles, giclées de sang et la seule réflexion sensée d’un membre du public: tuer des animaux pour bouffer oui, mais pas des petites bestioles; tant qu’a sacrifier une vie, autant prendre un énorme cochon qui va nourrir plus de consommateurs (car c’est bien connu: dans le cochon, tout est bon!)…
Le plus drôle fut une jeune végétarienne qui a un peu extrapôlé et se proposait de trouver des solutions pour empêcher le lion de bouffer des gazelles (une petite injection d’un truc -chimique parait-il, bonjour la crédibilité et vive la nature- et hop! Le roi de la jungle décide de se planter un petit potager..) qui serait applicable à nous humains biologiquement omnivores.
Mais all is well that ends well, l’artisan boucher (qui m’a fait redécouvrir que c’est un vrai et noble métier, qui touche à la passion) a découpé les petits Naf-nafs et les cuisiniers les ont accomodés pour ensuite servir tout la prod’ et le plateau qui s’est donc rabiboché autour d’un peu de cochonaille. Comme quoi il suffit d’une bouffe pour redécouvrir la convivialité!
La Palme de la mine la plus satisfaite revenant à l’éleveur, fier d’avoir produit une viande de qualité (et je le soutiens!), et l’Oscar du plus beau numéro de cirque à un végétalien qui s’est mis à traiter tout le monde de criminels et de monstres assoiffés de sang et qui a du être éjecté par la sécurité, laissant les convives savourer ces petits cochons si choupinous mais néanmoins condamnés à être abattus “humanely” (“humainement”) devant nos petites mirettes.
J’avais super faim après l’émission. Je tiens à préciser que même si j’en parle avec humour le programme était très très intéressant et la journaliste très bien documentée et soucieuse d’avoir le point de vue de tous les partis in situ. Moi-même je suis un mangeur de viande et je pense avoir assumé complètement ce statut au travers de l’émission.
Mais de grace les rosbifs, arrêtez de croire que le jambon pousse sur les arbres ou que le foie-gras sort d’un bocal… ce qu’il faudrait ici c’est un salon de l’agriculture comme chez nous avec Sa Majesté et le Prime Minister qui viendrait dire bonjour aux vaches et aux pintades, façon Chirac qui était un vrai champion à ce genre de truc. Très peuple…
Tchin et à la Bonne Vautre!
Ma collègue et amie Vitoria (une superbe créature du Cap Vert, en passant) va sacrifier sa journée de Nawel pour faire du volontariat au sein de l’association “Crisis” qui aide les sans-abris à croire en eux et se réinsérer dans la société. Crisis pendant une quinzaine de jours durant la période festive fait également profiter à ces personnes du réseau étendu qu’elle a tissé ces dernières années: des cinémas, des églises, des théâtres ouvrent leur porte gratuitement pour réchauffer, nourrir, héberger, ranimer des passions et des aptitudes.
C’est aussi une assoce qui vit sur les dons donc ni une ni deux Vitoria hier avait organisé un charity lunch pour récolter de la thune. Good on her. Certains collègues d’origines diverses ont donc cuisiné des spécialités de leur pays qu’il nous revendaient à la portion à la cantoche de la boîte. Pour résumer: une très bonne idée (surtout quand on sait que facile trentes nationalités sont représentées au taf… l’effet London!)
Comme tout le monde dans mon équipe s’est investi là-dedans j’ai donc adopté le rôle de vigie: en gros ce petit monde vendait et servait en bas et moi j’étais au téléphone en haut au cas où y aurait du taf qui se présente. Et de l’obligation de bouffer à mon bureau en conséquence…
Je suis donc descendu vite fait au début du lunch à la cantine et mon appétit s’est porté chronologiquement sur une crêpe sauce chocolat-rhum-vanille (£1.00), un marbré léger mais intense (£1.00), des fairy-cakes les bien nommés (£1.00) et du putain de veijoada, une spécialité du Brésil ou du Cap Vert, je sais plus: du choux, des haricots rouges, des tomates, des épices sensuels, de l’ail et beaucoup de sauce. Sans oublier le riz! (£1.50 -une affaire, pain inclus!)
Je remonte avec mes assiettes (en carton), la bouche salivante à l’idée de dévorer comme une grosse vache à mon bureau bien peinard lorsqu’en ouvrant la porte de mon département avec mon badge je ne sais pas si c’est un de mes genoux qui a accusé un coup de mou, le poid des assiettes dans mes deux mains qui a perturbé mon équilibre ou un de mes talons-aiguilles qui a dérâpé sur la moquette élimée mais je me suis vautré comme… comme… une véritable merde. Il y avait du veijoada partout. Pendant une micro-seconde je me suis dit que c’était incroyable de pouvoir étaler une si petite portion sur une aussi grande surface.
Première réaction: un gros “OHHH FUCK!” bien colérique à 100 000 décibels et je reprends mes esprits (en vérifiant bien que personne ne m’aie vu me viander aussi inélégamment), puis commence à paniquer: à 3 mètre de moi il y a la salle de réunion où Number 1 (notre big boss) est en meeting pour la journée avec du beau monde de la maison-mère parisienne. Et c’est pratiquement l’heure du déjeuner!!!!!!! Au secours! Il vont pas tarder à sortir et à trouver ce merdier!!
Ni une ni deux je me mets à genoux et commence à ramasser à mains pleines le plus gros du foutu veijoada de sa mère. Et avec du riz ET des haricots rouges éparpillés dans un rayon de deux mètres c’est pas facile, et râcler avec des assiettes en carton détrempées c’est franchement pathétique. Finalement vomir c’est plus pratique: ça fait un tas plus ou moins compact.
Inutile de dire qu’entre temps il y a le va-et-vient des collègues: et vas-y que je te marche là-dedans, en me demandant “Fâââââb! Hellooooo! Ben qu’est ce que tu fous là, dââââârling ? Ouh, t’as vu t’as les genoux maculés de… c’est quoi? Tu saignes? Ah ah ah!” et de répondre bien sinistre mais digne “C’est rien je me suis vautré, non pas la peine d’appeler une ambulance c’est de la sauce veijoada sur mes genoux, assortie à la languette de mes Pradas tu remarqueras!” avec un faux sourire bien tendu. Maudit veijoada! Connasses de collègues! Il n’y a plus de respect…
Bref ça a bien glosé bitché là-dessus hier après-midi. J’ai trouvé un de nos agents d’entretien, généralement fainéant comme une couleuvre qui dans mes yeux a probablement vu les deux fléchettes au venin qu’il allait se prendre au cul si par hasard il n’arrivait pas à dénicher un aspirateur. Mais c’est lui qui a proposé. Et j’ai donc pu redescendre racheter ma pitance. Mais j’avais moins d’appétit, et puis les pauvres et ce genre d’opération finalement ça commence par être coûteux! La prochaine fois faites des frites, merde!
Je crois que je suis la Hilary Banks des blogs (ai encore failli sévir ce soir avec une tasse de thé vert en montant au salon…). Mais le charity lunch a rapporté £251.00… y en a qu’on bouffé deux fois, c’est clair!
Last minute: …et Parker vient de me demander alors que je finissais ce billet d’aller redresser les plantes qui se sont renversées sur le balcon (il s’est détruit le dos et on a eu des sales rafales de vent la nuit dernière)… et guess what? Je viens de me péter un ongle! Je me demande ce que le week-end me réserve…
