Amitié

Amitié je chéris ton nom

Saturday, January 2nd, 2010 | Fabriché Mansion | 5 Comments

Une petite note doublée d’une touchante anecdote pour commencer l’année (qu’au passage je vous souhaite sincèrement pleine de bonnes choses dans tous les domaines), qui m’a été rapportée par Mme Mère.

Ma mère à moi vient en effet de perdre une amie -décédée d’un cancer fulgurant- dont les funérailles avaient lieu l’avant-veille de Noël (y a pire comme timing?). Elle s’appelait Madeleine, un très joli prénom. Je pense n’avoir jamais vraiment trop vu la place que tenait cette dame dans la vie de ma mère, on parlait au téléphone des vannes qu’elles s’envoyaient toutes les deux en live et de leurs conversations et je crois ne l’avoir jamais rencontrée bien que Mme ma génitrice me prétende le contraire assez régulièrement: dans une communauté rurale de 200 habitants on a plutôt tendance à tous se connaître… mais là n’est pas mon propos.

J’ajoute en passant que ma maman est une personne qui n’a pas tendance à grandement s’épancher de manière générale (à moins que cela devienne insupportable au tréfonds d’elle-même et là ça sort tout seul d’un coup sans prévenir à un moment inopportun au possible… mais la personne sur qui ça tombe a toujours une oreille pour elle, ma mère a un don en fait!), on a le sens de la dignité et de la discrétion assez développé, dans la famille.

La mère Michel n’a par ailleurs aucune difficulté à exprimer son mécontentement et/ou sa non-satisfaction, parfois bruyamment et vertement si nécessaire, l’une de ces occurrences ferait-elle son apparition. Mais c’est aussi une femme -et je la connais bien- d’une extrême (et j’utilise le terme à dessein) sensibilité, d’une générosité parfois agaçante (“quoi??? tu as donné ces trucs que je t’avais ramenés du Brésil à qui????”) mais surtout d’une gentillesse dont la réputation n’est plus à faire (et au moins aussi grande que ma méchanceté et ma connassitude réunies, c’est dire!): tout le monde dans le patelin chante -à juste titre!- les louanges de Mme Michel qui est “si gentille” (un fermier local) ou “une personne adorable” (l’institutrice du village) “toujours prête à rendre service” (Le maire du Village). En plus elle aime bien rigoler -telle mère, tel fils! Je ne dis pas ça parce que c’est ma mère mais c’est réellement une femme bonne avant d’être une bonne-femme.

Comme je le narrais, je n’ai pas compris combien ma mère était attachée à Madeleine qui vient d’être sacrifiée des pinces d’un vicieux crabe. Discrétion encore et dignité toujours. Solitude face au deuil un peu aussi, peut-être. J’ai appelé la maison hier pour souhaiter une bonne année et c’est là que je me suis rendu compte quelle avait été très ébranlée par ce décès cette mort.

A l’issue des funérailles, m’a't-elle raconté, un Livre Blanc/Livre d’Or était à disposition de tous pour laisser un dernier message à Madeleine.

Madame Michel a juste écrit “C’était mon amie et je l’aimais beaucoup. Liliane Michel.
C’est la plus simple et la plus belle chose qu’on peut écrire, non? En une pincée de mots elle a dit l’essentiel: Madeleine était mon amie et je voudrais juste dire les sentiments que j’avais pour elle. Simple, to the point. Et vous n’imaginez pas comme cette anecdote que je retournais hier soir en rentrant du travail m’a ému. Plus j’y pensais et plus j’avais presque les larmes qui me montaient aux yeux de penser à ma mère seule avec ce deuil qu’elle n’a pu partager que par cette courte ligne d’écriture, au vu de tous, dans la sincérité la plus authentique. Celle qui vient du coeur, d’un coup, spontanément. J’étais super fier d’elle aussi de produire des diamants brut comme ça au moment où on l’attend le moins (je devrais en prendre de la graine).

Mme Mère ne m’en aurait pas parlé si quelques jours plus tard en prenant le café chez une de ses copines cette dernière ne lui avait confessé sa surprise à la nouvelle d’une telle phrase écrite sur ce genre d’ouvrage (“Mais on écrit pas ça!”). Rien de méchant ou d’agressif mais simplement l’expression d’une génération pour laquelle l’attitude formelle est de rigueur dans ce genre d’événement (religion et éducation à l’ancienne que voulez-vous, et cette copine à ma mère -celle-là je la connais!- est une personne très gentille et authentique qui comme moi n’a peut-être tout bonnement pas compris l’amitié que ma mère avait pour Madeleine).

Je l’ai bien rassurée la petite Mère Michel (je crois vous avoir dit qu’elle n’était pas bien grande dans un autre billet), en lui disant qu’elle avait vraiment bien fait d’écrire ce qu’elle ressentait et qu’au contraire de ce que sa copine peut préférer écrire quant à elle il y a de la beauté à avoir la volonté d’un coeur simple à afficher ses sentiments une dernière fois parce que ça vient des tripes.

…mais la petite ligne “C’était mon amie et je l’aimais beaucoup” ne m’a pas lâché depuis ce coup de fil. Même Parker était un peu remué à l’écoute de cette anecdote (et vénère contre la copine à ma mère qui écrit juste “sincères condoléances” et qui dit ensuite qu’on ne peut pas écrire aux gens morts qu’on les a aimé!) et il a eu le plus beau mot de la fin, il a juste dit que la personne qui reçoit une phrase pareille à ses funérailles n’a vraiment, vraiment pas raté sa vie. Et les Parkerismes c’est aussi joli que le prénom Madeleine…

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