Tintin and Me
Depuis le temps que je saoûle tout le monde avec Tintin, qui était ma deuxième cible après avoir vu l’innénarable Margaret Cho qui passait à Londres il y a de cela quelques semaines; l’annonce d’une adaptation par Steven Spielberg constituait donc en soi un événement. Ceci tombe d’autant plus à pic que Parker m’avait offert l’intégrale des albums, en français ET avec couverture cartonnée lors du dernier Noël. Probablement un des plus cadeaux que j’aie jamais reçu et la preuve que malgré mes plaintes répétées j’ai un jules qui m’écoute m’obéit m’entend (ma collection que j’avais depuis que j’étais petiot a brûlée quelques mois avant mon déménagement à Londres, le pyromane court toujours…).
Je suis donc allé retrouver l’idôle de ma jeunesse dans une salle de l’Odeon sise sur Marble Arch. J’ajoute que c’était en 3D. Perso je suis pas un grand fan de la 3D -marrant les 5 premières minutes mais fatigant et dont les effets s’estompent rapidement me concernant- mais j’étais avec un pote qui ne pouvait pas se libérer pour la projection en format vintage de 18:30… on a chaussé nos bésicles et vogue strike a pose la galère!
(à partir de là il peut y avoir du spoiler, you enter at your own risks!)
Premières impressions plutôt bonnes à la vue du générique dont le graphisme claque sa chatte et de la première scène du film que j’ai trouvée émouvante. Spielberg à l’évidence est tintinophile et a su re-créer et convertir de manière très vivide les décors des albums. On pense un peu à Dick Tracy, qui voulait reprendre la qualité graphique des comics dont il était issu. Les enchainements entre les scènes à mon humble avis sont simplement du domaine du génie, ainsi que certains mouvements de caméra. L’ambiance est bien restituée, chaussé de mes lunettes je contemple l’écran la bouche grande ouverte: “-Quand Fabrice content, lui toujours faire ainsi!”
J’avais saoulé prévenu tout le monde depuis des semaines: “Si “ILS” changent et détruisent l’histoire je vais salement ruer dans les brancards, ce serait une honte, non mais tu rends compte etc etc… et je devrais noyer mon chagrin dans l’alcool car je serais incapable me remettre d’une déception pareille.”
Bingo l’histoire n’est pas du tout restituée dans son intégralité et la fidélité au “Secret de la Licorne” est ma foi relative; bien que les grands moments -notamment la rencontre entre François de Haddock et Rackham le Rouge lors de l’abordage de La Licorne, narrée par le Capitaine Haddock- y soient. Spielberg donne à Mr Sakharine -personnage à la limite du nobody dans l’album éponyme- un rôle central à l’intrigue. L’aventure du “Crabe aux Pinces d’Or” , qui s’entremêle avec l’intrigue Licornienne, est très bien rendue.
Néanmoins j’ai cru donc faire une crise d’hystérie en plein cinéma et dénoncer la haute trahison de Steven Spielberg et sa bande de capitalistes corrompus.Arlette revival et toussa… passque c’est p’têt beau mais c’est pô fidèle!!!!! J’en étais à appeler la Court Martiale ET l’Inquisition depuis mon iPhone…
Sauf que. Sauf qu’en y réfléchissant bien tout le monde ne connait pas le monde de Tintin (et c’est un manque dont on devrait avoir honte, Madame! parfaitement: honte!). Tout le monde n’a pas cette familiarité avec cet univers. C’est -peut-être- donc une manière plutôt fine et intelligente d’amener le tout à la manière d’une introduction. J’attends néanmoins des prochains films une adhérence aux originaux un peu plus poussée!
Sinon, mention spéciale aux personnages d’Allan Thomson, la Castafiore, Les Dupondt et Nestor, magnifiquement campés et rendus. Par contre Milou est pathétique et ne parle pas (drame de la soirée: le Capitaine Haddock n’a pas la voix de mon père, voix que je lui ai toujours imaginée…).
On peut noter que Spielberg a présenté le décor et introduit tous les personnages-clés de Tintin. Ne manque que le Pr Tournesol, qui originellement apparait dans la suite du “Secret de la Licorne”, à savoir “Le Trésor de Rackham Le Rouge” dont la fin -mille sabords de nom de Dieu de bordel de bachi bouzouk de ta mère- est insérée dans le film. Ce qui me panique un peu quand à la suite… Dieu merci il me reste le vin rouge et Albator ze Movie sous peu.
Pour conclure je dirais que c’était bien, point. Je donne au global un 6.5/10 pour le rendu proche des albums, les personnages que j’ai préférés et l’univers graphique proche des albums qui se dégage du film. J’aurais voulu une adaptation fidèle avec les mêmes moyens mis à disposition pour ce film qui somme toute s’en sort bien -je sais, on sent que ça me coûte de l’admettre. C’est tout de même jouissif de voir son héros “en vrai” à grand renfort de coûteuses technologies…
J’espère juste que ceux qui ne connaissaient pas Tintin ne ne deviennent déçu par la différence d’intrigue et l’innocence juvénile teintée de bons sentiments du héros en ouvrant ses albums. Enfin, je note qu’en VO les voix des personnages transpirent d’un anglais britannique mâtinée d’accents écossais ou middle-class. Le moyen ultime pour d’indiquer que Tintin vient bien d’Europe. Je lui souhaite bonne chance en Décembre lorsqu’il se montrera au Nouveau Monde.
If you wish upon a star…
Histoire de ne pas laisser ce blog tomber dans la désuétude j’opère un méchant repli capitaliste (au fait j’ai voté Martine à la primaire) et vous propose ma wish-list Mamazon spéciale-BD qui pourrit tranquillement depuis quelques mois. Si le coeur vous en dit achetez-moi donc quelque(s) album(s), sans vous commander… (après tout je suis presque mourru récemment, cela vaut bien une BD, non?). Et les prix sont en Livres Sterling, vous y gagnez, en plus!
Allez, zou, à vos cartes bleues! C’est bientôt Nawel!
Si jamais vous êtes intéressé(e)s j’ai l’intégrale de Largo winch en pdf qui déboîte grave sur ton iPad! (on peut le mettre sur iBook)
Et je suis preneur de bonnes BD à rajouter sur ma wish-list. Merci, bisous
I want change…
J’ai envie de changer de formule… je n’ai plus trop le temps d’écrire, j’ai désormais quasiment 2 jobs. Mais je créé de jolies sublimes choses en graphisme que j’ai envie de détourner. J’ai envie de plus de substance, plus d’imagerie et un peu moins de texte, ou alors pour la typographie. J’ai envie de jouer avec la souris et ma palette graphique, moins avec mon clavier. J’ai aussi encore plus envie de me mettre en scène, de faire le débile, et de mettre tout ce qui constitue ce billet, le verser dans un shaker, bien secouer et vous proposer le cocktail qui en ressortira.
J’ai envie de changer de formule dans un nouveau décor, mais je réfléchis en accord avec moi-même et le temps que je peux me permettre de passer ici. (Je pense aussi à un site professionnel et -un peu- drôlatique pour promouvoir ma nouvelle activité de graphiste). Il se peut donc également que si je ne trouve rien qui m’emballe, ou arrive à la conclusion que c’est une chose que je ne veux plus trop avoir à gérer, la fermeture de ce blog est également une possible option. Stay tuned!
On dirait…
(en attendant je rentre de Bretagne où on a fait des orgies de beurre, sel de Guérande, kouin aman, far bretons et autres galettes à l’andouille-qui-pue. Belle-Île en Mer porte décidément bien son nom…) (et je reviens bientôt j’ai du graphisme pour un client, un travail, un mec et j’espère bientôt un chien -je vise Nawel en fait pour ce dernier) (mais je suis bien content que mon blog refonctionne)
PS: Je voulais juste dire à mon chéri et mes copains et mes copines que je les aime et les embrasse. Qui plus est j’ai hyper bonne mine et ai définitivement repris mon poid original. Le Royaume des Mourrus était une escale intéressante mais on est vraiment mieux ici!
On reparle graphisme, vautre et fanfreluches sous peu. Pendant que j’y pense je recherche de nouveau une personne qui aimerait bloguer ici-même avec moi. Imperméabilité à la vulgarité et goût prononcé pour les cocktails obligatoires. Faire annonce au journal qui transmettra… (je n’ai pas d’obligation de genre mais avec une fille ce serait bien)
Délit de Recyclage
À la Fabriché-Mansion on prend notre devoir écologique grave au sérieux -du moment qu’on nous en demande point trop, on est d’accord- et on recycle par le biais de sacs poubelles bleus clairs et transparents sur lesquels sont listé tout ce que tu peux/dois mettre de recyclable dedans lô. Les sacs poubelles noirs restant les contenants de matière organique. Et des trucs que les recycleurs de Westminsters ne peuvent pas recycler (je sens qu’il va y avoir de belles allitérations en “cyclé” dans ce billet).
Et toutes les fins de semaine je on la femme de ménage descend tout ça sur le trottoir d’en face. Généralement le Jeudi dans l’après-midi car c’est là qu’elle vient. Et ça tombe à pic car les recycleurs passent le Vendredi matin! Bref c’est une histoire qui roule, on est motivé et sans me vanter nos sacs sont toujours hyper-pleins qu’on prend notre rôle furieusement au sérieux comme je le disais en introduction. Et on passe sur le fait que le Lundi le sac est déjà quasi-plein de cadavres de bon rouge et autres délicieusetés.
Et il y a quelques semaines je reçois un courrier à mon nom (Fabrice Montgomery Abbot Chancellor Newman Ewing Michel Esquire) dans une enveloppe à en-tête de Westminster Council m’informant qu’ils avaient trouvé mon nom dans un des sacs à recyclage. Et qu’ils avaient dû fouiller dans mes petites débauches pour m’indentifier. Oui Madame. Car figurez-vous que j’ai osé mettre mon sac sur le trottoir un Jeudi après-midi alors que les gars passent le Vendredi matin à 6h du mat’. Et que la prochaine fois c’est carrément une amende si j’osais encore les défier et défigurer le paysage urbain avec mes sacs remplis de cochonneries recyclables. Non mais vous vous rendez compte? (je sais que certains d’entre vous m’avaient également conseillé de faire retomber l’opprobe sur ma femme de ménage, et là je dis que vous êtes des petits Jocrisse encore plus pourris que les mectons de Westminster… même si j’y avais pensé ne serait-ce que pour avoir un alibi en face de Parker) (qui est lui aussi en lutte avec Westminster mais c’est une autre histoire).
Moi qui trouvais ça cool de recycler j’ai simplement pris un des sacs bleus (clairs et transparents donc et sur lesquels sont listé tout ce que tu peux/dois mettre de recyclable dedans lô) et mis à l’intérieur le reste de ma réserve de sacs bleus (clairs et transparents etc…). Et je les ai déjà mis sur le trottoir. À partir de maintenant je branle le chien et le recyclage c’est totalement dans ton cul.
Naturellement je me suis fendu d’un message à ces insectes conservateurs du Westminster Council. À l’heure où j’écris ces lignes ma ligne de téléphone doit être sur écoute et tous mes gestes épiés. Dieu merci je suis inidentifiable (sauf peut-être s’ils relèvent des empreintes sur les sacs) car les sacs ne contiennent que des sacs. Nan mais sans blagues!
Moi, Parker, 8 ans, Prostitué
Soirée un peu foireuse Mardi, avec Parker nous allions sur Regent’s Park à l’Open Air Theatre. En arrivant sur place, nos bouteilles et sandwich au saumon fumé en bandoulière, il s’est mis à pleuvoir. Un vrai déluge. Alors on a fait demi-tour; on s’en foutait on avait pas payé nos billets, et on s’est ouvert une bonne bouteille de blanc pour accompagner nos casse-dalles devant un dvd, bien serrés l’un contre l’autre.
Nous allions voir “The Beggar’s Opera”, dont pour être honnête je ne connais même pas le synopsis, je comptais me renseigner en arrivant. Mais sur le trajet Parker me racontait que cette oeuvre -très avant-gardiste d’après lui- fût également le récipient de sa première apparition publique sur scène quand il avait 8 ans. Une production scolaire (dans une école qui avait des moyens, ndlr)
Fab: – Trop choupi, et tu tenais quel rôle?
Parker: – Lady of the night.(Silence. Regard medusé de ma part)
Fab: – Attends là, à 8 ans on t’a donné un rôle de
fille légèrete-pu?
Parker: – Yes, j’avais plein de maquillage et un éventail, j’étais trop fier, et content d’être sur scène, une vraie petite trainée avec des tonnes de rouge à lèvre… le pire c’est que ça faisait rire mes parents et ma tante quand ils me demandaient quel rôle j’avais tenu. Car bien sûr je n’avais aucune idée de ce qu’une “lady of the night” était ou ce que cela signifiait…Fab: – Donc ton prof/metteur en scène t’a vu à 8 ans et s’est immédiatement dit “le petit Parker, là, au deuxième rang, il fera une pute sublime! ”
Parker: – Yes mais je te répète que je ne savais pas de quoi il s’agissait!
Fab: (sourire et yeux en l’air) – Quel pays mon Dieu, de la rétention anale à s’en craquer les vertèbres mais no problemo quand il faut donner le rôle d’une pute à un môme de 8 ans!
Le pire c’est que Parker n’a même pas eu l’air de comprendre d’où je voulais en venir, le coup de la Boarding School (boys-only!) avec des mômes mis quasiment sur le marché de la prostitution à 8 ans. Ferais-je de la rétention anale? À moins qu’il s’agisse d’une crise de politiquement correct… (ce type et ses pépites anecdotiques valent grave trop des points!)
Fierté bien Placée
C’est London Pride aujourd’hui! Et pour la première fois en 5 ans depuis qu’on a déménagé dans le West End je ne travaille pas. L’occasion en or d’organiser un petit déjeuner tardif au champagne à la maison avec les copaings avant d’aller faire les cons en pleine rue avec un tas d’autres copains et copines.
J’en profite pour citer et adapter (juste changer la conjugaison) un tweet que j’avais vu passer la semaine dernière pour la Gay Pride parisienne et que j’avais beaucoup apprécié. Si quelqu’un sait qui est son auteur ou si ce dernier passe par ici il va s’en dire que je me ferais un plaisir de le ou la nommer:
“A ceux qui refusent d’être fiers de ce qu’ils sont, pensez donc à ceux qui sont contraints d’en avoir honte. C’est pour eux que l’on va marcher.”
“To the ones who deny themselves on purpose the pride of being who they are, then think of the ones who are forced to be ashamed of it. They are the ones for whom we are marching.”
(bon, je viens de fouiller dans les arcanes de mon Twitter et je peux donc vous donner la source de cette phrase pleine de bon sens et de sensibilité, à savoir Brizzio d’Anjou. Avec mes remerciements et mon admiration.)
Je vous laisse je vais danser dans la rue avec mes potes-la-compote après un peu de roteux et quelques croissants pur beurre (so “Last tango in Paris”…)
La Dernière Image (2/2)
(suite de l’Épisode 1, donc)
Vers 19:45, dans le taxi qui ramenait mon jules et notre pote vers la maison histoire de se péter la panse pendant que moi j’allais me faire opérer de la mienne (de panse) l’iPhone de Parker sonne. “Allô? C’est St Thomas’ Hospital, oui c’est au sujet de Fabrice, sa condition vient de se détériorer de manière subite et dramatique…”
Car le méchant ulcère dans un acte de bravoure malsaine a décidé de lâcher plutôt que de se rendre. D’où perforation de l’intestin, fluides digestifs et caca qui se répandent dans l’abdomen en plus du sang vicié qui s’y trouve déjà. L’estomac répond en provoquant des vomissements par spasmes dont une bonne partie va se loger dans les poumons. Et Septicémie, et péritonite. Enfin, le plus important, mon cœur, encore lui, s’arrête. On passe sur ce qu’ont pris les reins, le foie et le cerveau (plus la crise cardiaque quelques heures avant, don’t forget).
Le reste je ne m’en souviens plus, je me suis évanoui sous l’intensité de la douleur. C’est Parker qui m’a raconté ce que l’équipe soignante lui a rapporté à son arrivée: On m’a réanimé, stabilisé, opéré puis plongé dans le coma en baissant ma température à 33 degrés Celsius pour limiter tout dommage neurologique (déjà que j’étais pas aidé dans la vie à ce niveau!).
Le pronostic est réservé, en chiffres on lui dit que ça tourne autour du 25% de chance de survie, 15-20% avec un cerveau intact. Nos amis partout dans le monde et ma famille sont prévenus par Parker. On dit à ma mère que “ce serait mieux qu’elle vienne”. Les amis proches localement se dévouent pour aider, traduire, donner un coup de main pour la logistique. On attend que le verdict de mon décès tombe, puisque c’est le scénario le plus probable.
Le Lundi matin on décide d’arrêter Hibernatus pour ramener ma température au confortable 37 degrés. La sédation est stoppée en soirée, vers 23:00. S’il reste de l’espoir, dans les deux heures suivant l’arrêt du coma mon corps peut reprendre une partie du relai des machines et de là je me réveille. Ou pas.
Toujours vers 23:15 ce Lundi soir je suis dans l’obscurité la plus totale, et j’entends du bruit. J’ai l’impression d’arriver de très très loin. Un peu comme un atterrissage en douceur tout de suite après une zone d’épais nuages, mais porté par une incroyable énergie (Anne c’est de ça dont je pourrais parler pendant des heures, cette sensation d’avoir été “déposé” par l’énergie de toutes ces bonnes vibrations). Au lieu des deux heures réglementaires je me réveille au bout de 2 minutes 15 secondes chrono (admiration et respect total de l’équipe soignante: “on a jamais vu ça!”). Je réussi enfin à ouvrir les yeux, en “poussant” mes paupières. En guise de premier réflexe j’arrache le tube à oxygène de ma trachée, brusquement.
Il y a plein de gentilles madames au-dessus de ma tête qui me mettent un masque à oxygène qui couvre mon nez et ma bouche. J’ai peur. J’ai froid. Une d’entre elle me tient la main et me demande mon nom: “Fabrice Michel” que je réponds (dans une petite voix murmurée, rauque et faible), ma date de naissance? “20th April 1973” (yes, en anglais), et est-ce que je sais où je suis? Je réfléchis et fonds en larmes, non je ne sais pas où je suis et j’ai encore plus peur car je n’ai pas la réponse. On me dit que “Parker va venir” et je pleure de plus belle, à gros sanglots (je dois vous l’avouer que je pleure un petit peu aussi en tapant ma note là, y a plein de trucs qui me reviennent…). J’entends aussi quelqu’un me dire “you have been sleeping for two days, luv!…” avec un accent un peu cockney délicieusement rassurant. C’est bien ma planète, c’est déjà ça.
J’ai dû me rendormir quelques instants car en rouvrant les yeux il était là, Parker le magnifique. On pleurait (moi je hoquetais comme un môme tellement j’étais épuisé et je pleurais, et avec un masque à oxygène c’est vraiment pas facile de chialer!), il m’embrassait il n’arrêtait pas de me caresser le visage et les cheveux, sa tête près de la mienne. Moi je lui répétais “I am sure of you” (je venais de relire le bouquin de Maupin en Floride, je voulais juste lui dire que c’est l’homme de ma vie). C’était parait-il la teuf dans l’unité de soins intensifs, les infirmiers et infirmières en larmes devant tant de romantisme. Les médecins susurrèrent le mot “miracle”…
Je passe sur la semaine en soins intensifs, mes attouchements le lendemain sur moi-même pour découvrir toutes ces perfusions, ces sondes, ces cathéters (surtout celui dans la zizouille, mein Gott quelle horreur…), ces tuyaux, et la balâfre de 15cm agrafée sur mon ventre. Le délirium tremens phénoménal -surtout la nuit- provoqué par la morphine (moins drôle ceci-dit quand on l’arrête et qu’il faut vaincre l’addiction), les hallucinations non-stop (genre tu veux aller à Cannes? Mais regardes-moi que je claque les doigts ça y est on y est que c’est grave trop réel quoi!). C’est aussi le pays où un tout petit pet discret se transforme en tragédie. Bref 2 semaines de travail parfois acharné de ma part pour sauver ma peau. Il n’y a rien à admirer, c’est une question toute simple de survie. J’ai aussi compris qu’en me réveillant j’avais eu le choix: celui de vivre (et se battre) ou de repartir dans le noir.
Enfin, je revois le visage de ma mère le Mardi soir (le 8 Mars donc), avec mon frère, à mon chevet, tout frais descendus de l’Eurostar. Qui prenaient sur eux pour masquer leur peur et leur chagrin de me voir aussi amoché, aussi pitoyable et encore en danger (ce que je ne savais pas). Je suis allé dire bonjour et merci aux soins intensifs il y a 3 semaines à St Thomas, et c’est aussi à elle que j’ai pensé en parcourant ce long couloir, et comme elle a dû se demander “dans quel état vais-je le trouver?”
Je revois aussi le visage de Dominique, Hervé et Jorge. Je disais parfois pour plaisanter en parlant d’eux que nous c’était “à la vie à la mort” avec mes partners in crime. Je ne croyais pas si bien dire. Ils ont soulagé Parker, organisé la venue de ma famille, aidé, expliqué, traduit, guidé, distrait, accompagné… ils sont mes héros, pour toujours.
Je revois bien sûr Anne et Tidou, et mes larmes à leur vue, et mon admiration pour leur détermination à tout lâcher pour être là. Je crois pouvoir encore sentir leurs mains respective et leurs baisers sur mon front. De la gonzesse authentique du meilleur calibre, mes copines de lycée.
J’arrête ici, abruptement. Ce blog peut reprendre son cours normal, fin de l’invendable scénario.
La Dernière Image (1/2)
Le retour après une courte absence (si, si, c’était court!) bloguesque. Cela me titillait depuis pas mal de temps mais finalement je crois que l’envie d’écrire des conneries est en train de revenir tout doucement. Qui plus est ma vie a récemment changé: certains ne trouveront peut-être pas ce premier jet de billets très joyeux, mais je vous jure que d’ores et déjà nous avons réussi à plaisanter et rire à gorge déployée sur ce sinistre épisode que je vous livre aujourd’hui (et demain peut-être pour la suite). C’est aussi une manière d’évacuer (mais je n’y crois pas trop) mais surtout de remercier publiquement certains et certaines qui sont depuis devenus dans mon petit Panthéon mes héros personnels. Merci également d’éviter les commentaires graveleux, c’est du passé et tout est bien qui finit bien.
Avec Parker on se réfère à l’image qui illustre ce billet comme “la dernière photo“. Je l’avais mise sur Facebook avec la cosmopolite légende “Joie de vivre!” le 26 Février dernier, juste après qu’elle fut prise depuis mon téléphone. Avec Parker on était à Miami pour 4 jours, on prenait des cocktails, on arrivait de Contadora et Panama-City, probablement les grave plus belles vacances qu’on aie jamais passées tous les deux. On l’appelle “the last picture” car c’est la dernière photo de moi prise avant le 5 Mars 2011. La date est devenue une frontière, on sait toujours maintenant quand on raconte ou se souvient d’un truc si c’est avant ou après le 5 Mars 2011…
Car le 5 Mars 2011 -promis j’essaie de ne pas tomber dans le pathos- c’est le jour où Parker, après que Fabrice ait quasiment passé 24 heures à agoniser avec une douleur aiguë dans l’abdomen (et je veux pas me vanter mais je suis pas une chochotte avec la douleur), un teint verdâtre et une nuit blanche, a dit “on arrête les frais j’appelle une ambulance…” il était midi et demie.
C’est le jour où le paramedics, dans l’ambulance qui -nous le pensions- m’emmenait à St Mary’s Hospital sur Paddington (“Plus pratique pour les visites” dixit Parker avec son pragmatisme tout britannique) m’a déclaré sur un ton étonné par sa découverte “Vous êtes en train de faire une crise cardiaque, demi-tour on vous emmène sur St Thomas’ Hospital qui a la meilleure Coronary Unit.” J’étais déjà sous morphine et oxygène et j’ai gardé mon calme. En plus une news comme ça c’est tellement gros je crois que je n’ai franchement trop pas saisi la gravité de la situation… c’est aussi depuis ce jour que j’ai le cœur qui se serre (sans jeu de mot) chaque fois que je vois une ambulance foncer au mileu des voitures, signal sonore à donf’.
C’est le jour où en arrivant à l’hosto façon “Urgence” (inclue l’option “portes qui s’ouvrent avec fracas quand le brancard fonce dedans!”) on m’a dit “on va opérer tout de suite, on va vous insérer un stent au cœur via l’artère fémorale, par la cuisse quoi!“. Une dame s’affairait déjà à découper mon pull… je m’en rappelle -c’était sous anésthésie locale- par bribes (je pense faire un billet dédié entièrement à la morphine-mon-amour un de ces quatres). Surtout la gentille Madame qui m’a montré sur un moniteur mon cœur “avant” (moche et surmené) et “après” (régénéré et souriant du ventricule) avec une jolie petite bague façon piercing dans une artère sur le ventricule gauche. J’ai le ventricule qui passe grave bien à la télé.
C’est également le jour où un scanner (dont je ne me rappelle absolument pas) a ensuite montré un saignement de l’intestin dans l’abdomen (qui aurait amené à un épaississement du sang de taré, dixit les docteurs, et provoqué l’épisode cardiaque). Et que j’ai rencontré mon chirurgien-du-bidon indien qui m’a dit que tout ça c’était la faute d’un vilain ulcère du duodénum au stade adulte et au maximum de ses capacités pas gentil du tout, et passé depuis quelques heures du coté obscur de la force après avoir aplati la rébellion. De la gentillesse et de la compassion à l’état brut le chirurgien, vraiment une belle personne. J’étais dans le cirage mais je n’oublierai jamais quand il m’a pris la main et m’a dit “tout va bien se passer” (quoique nous le verrons, il a méchamment raté une opportunité de la fermer). L’idée étant de faire deux petits trous de rien du tout, colmater la fuite à l’intérieur en recousant, et refermer. Plus une bonne cure d’antibios pour lacérer la méchante bactérie qui accouche des ulcères qui passent du coté obscur. Tout bénèf’ et pas de cicatrices. Easy!
Parker -qui n’avait pas pu venir dans l’ambulance du fait d’une obligation professionnelle- est arrivé à ce moment là. Vers 17:30. Je lui ai dit fièrement “on vient de m’opérer du cœur, on repart pour une opération du bidon en soirée. I love my life…” Il a souri, il m’a embrassé. J’étais vraiment content de voir enfin un visage familier, depuis 12:30 que je gérais tout seul. Il est ensuite allé voir le personnel soignant histoire d’être un peu mieux briefé que par sa junkie de french sauterelle sous morphine…
Vers 19:30 Parker est revenu à mon chevet avec un de nos amis. On s’est embrassés. J’étais grave crâmé du cerveau à cause de la morphine, ma vision était passée en noir et blanc. Ils m’ont souhaité bonne chance pour l’opération et une bonne nuit. Parker serait là pour le réveil post-opératoire. Et ils sont sorti prendre un taxi pour aller dîner dans le petit bar à tapas en face de la Fabriché-Mansion.
(…to be continued )

